PROCHAINEMENT : Le livre de Michelle Alexander « La couleur de la justice – Incarcération de masse et nouvelle ségrégation raciale aux Etats-unis »

« Depuis la fondation du pays, les Afro-Américains n’ont cessé d’être contrôlés par le biais d’institutions, comme l’esclavage et les lois Jim Crow, qui semblent disparaître mais renaissent pourtant sous une forme nouvelle, adaptée aux besoins et aux contraintes de l’époque. Juste après l’effondrement d’un système de contrôle advient une période de confusion – de transition – pendant laquelle ceux qui sont le plus intéressés à la hiérarchie raciale recherchent de nouveaux moyens de réaliser leurs desseins dans le cadre des nouvelles règles du moment. C’est pendant cette période d’incertitude qu’une réaction brutale s’intensifie et qu’une nouvelle forme de contrôle social racialisé commence à s’installer.

Au milieu des années 1990, encore une fois, en réponse à un bouleversement important du système racial prédominant – cette fois-ci les acquis du mouvement des droits civiques des années 1960 – un nouveau système de contrôle social racialisé est créé en exploitant la vulnérabilité et la rancœur raciale des Blancs pauvres. Plus de 2 millions de personnes se retrouvent derrière les barreaux au tournant du 21e siècle tandis que des millions sont relégués aux marges de la société, bannis dans un espace politique et social assez proche du régime Jim Crow où la discrimination à l’emploi, au logement et à l’éducation est parfaitement légale. Quatre-vingt-dix pour cent des personnes incarcérées pour des infractions liées à la drogue sont noires ou latinos, et pourtant l’incarcération massive des communautés de couleur est expliquée en termes neutres sur le plan racial : il s’agit d’une adaptation aux besoins et exigences du climat politique contemporain. Le nouveau régime Jim Crow est né.

Aujourd’hui, un détenu qui retrouve la liberté jouit d’à peine plus de droits, et on pourrait même dire moins de respect, qu’un esclave affranchi ou une personne noire vivant « libre » dans le Mississippi à l’apogée des années Jim Crow. Ceux qui sont libérés en conditionnelle peuvent être arrêtés et fouillés par la police pour n’importe quelle raison et renvoyés en prison pour la plus mineure des infractions. Même lorsqu’ils sont débarrassés du contrôle formel du système, les stigmates de la criminalité demeurent. Surveillance policière, contrôle et harcèlement font partie de la vie non seulement de ceux qui sont étiquetés « criminels » mais de tous ceux qui « ont l’air » de criminels. Les foules de lyncheurs peuvent bien avoir disparu depuis longtemps, la menace de la violence policière plane en permanence. Une attitude déplacée ou un mouvement brusque pourrait entraîner de lourdes représailles de la police. »

Aux éditions Syllepse, collection Radical America, le livre de Michelle Alexander « La couleur de la justice – Incarcération de masse et nouvelle ségrégation raciale aux Etats-unis » paraîtra en février 2017.

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