L’interview (euphorique) d’Euphonik qui sort de l’anonymat

Euphonik bonsoir, je te remercie pour la faveur que tu m’accordes car j’ai cru comprendre que tu faisais peu d’interviews, donc merci pour cette exclu qui ravira tes fans qu’on découvre dans la conclusion de ton 4eme album !!!

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  • Afin de nous permettre de mieux te connaître, et de ne pas te confondre avec le DJ, pourrais-tu te présenter ?

Euphonik : Euphonik, de mon vrai prénom James, j’ai commencé à écrire mes premières rimes en 2008 et à partir de 2009 j’ai enregistré mon tout premier morceau, qui s’intitule « À travers la brume« , qui à l’heure d’aujourd’hui fait office de relique, moi même je ne l’ai plus, mais le résultat est certainement mauvais (haha) ! J’ai découvert le rap assez jeune, vers 14 ans, sans vraiment y porter une attention particulière. J’ai commencé à cultiver une passion pour le rap à travers le groupe « Futur proche » notamment le MC Gwenzel et puis j’ai élargi ma culture hip hop par la suite. Et depuis 2010, j’ai réellement commencé à sortir des projets avec pour simples désirs de faire du bon son, de progresser et de peaufiner mon écriture.

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  • Et tu le prouves car tu en es déjà à ton huitième opus avec un ratio d’un par an !!! (tu rivaliserais presque avec Lucio Bukowski qui en est, sur la même période et tous projets confondus, déjà a 25). Si tu devais définir chacun de tes C.D’s par un adjectif lequel serait-ce … ?

Euphonik : Sa productivité est remarquable ! Après, entre Lucio B. et moi, 10 ans nous séparent, j’ai le temps en ma faveur (rire).

Mon premier projet est un maxi qui s’intitule « Du silence à l’encrier » (2010) pour être honnête je dirais qu’il est médiocre. Il n’y a rien à retenir de ce projet, les rimes sont très faciles, les morceaux n’ont rien de marquant et la qualité audio est épouvantable.

Il y a eu ensuite ma première mixtape qui s’intitule « Un homme un mic et une guitare » (2011). Pour définir l’opus, je dirais que c’est un projet expérimental. Je commençais à me chercher un style, les morceaux sont un peu mieux construit que l’opus qui le précède même si ça reste relativement brouillon dans l’ensemble.

Ma deuxième mixtape « Flaque de sons » (2012) c’est là où j’ai le plus progressé ! J’ai adoré
travailler sur ce projet. Je sentais que quelque chose se passais. J’écrivais un morceau par jour, en cette période j’avais vraiment soif de progression. Ce qui explique pourquoi les morceaux sont aussi nombreux sur ce projet. La première version comportait une quarantaine de morceaux. La version remastérisée contient 23 titres.

Mon premier album « Amour » (2013) c’est mon premier enfant, je trouve que c’est un album très spécial en terme de production mais avec du recul ça reste assez confus, on sens que je me cherche encore. Néanmoins les thématiques sont plutôt originales, pas forcément dans le fond mais plus dans la forme, comme le titre « 500 jours ensembles« . Même si je ne vois que ses défauts, je le porte toujours dans mon cœur.

Mon deuxième album « Même pas peur » (2014) est un opus plutôt sombre. Je pense qu’il y a quelques pépites dedans comme « Vice & trahison » ou « À toutes les salopes« . J’ai énormément progressé sur ce projet. Pour l’anecdote, j’ai enregistré tous les morceaux en moins de 24 heures.

Le troisième opus « Berserk » (2015) est un album que je qualifierais de nihiliste. En l’occurrence, c’est la suite logique à « Même pas peur« . J’ai d’ailleurs produis tous les morceaux de l’album.

Un EP qui s’intitule « Rêverie » (2015) c’est un projet qui a pour but de récolter des fonds pour subvenir aux besoins des sans abris. C’est un projet expérimental que j’ai produit entièrement, j’ai invité deux rappeurs que j’apprécie : Jihef et Reka

Et enfin mon quatrième album « Inconnu mais reconnu » (2016) qui est, je pense, le projet le plus abouti de tous, sur tous les plans : productions, mix, écriture, flow. Je n’ai pas de terme pour définir l’opus, je dirais que c’est du Euphonik, j’ai l’impression d’avoir trouver mon style après 6 ans de rap même si j’ai encore beaucoup à me prouver. C’est un album sans prétention mais affirmer ça, reviendrait à dire l’inverse.

  • En plus d’être un véritable bosseur, tu es un touche à tout. Comment s’est déroulé la phase de création pour ce quatrième album  ?

Euphonik : Il y a eu énormément de réflexion et de travail sur l’écriture, bien plus que pour les projets qui ont précédés. Je voulais que chaque morceau ait la même force de frappe, je ne voulais pas qu’un son soit moins bon qu’un autre. Je suis quelqu’un de très critique sur ce que je fais, j’ai longtemps été laxiste, mais à l’heure d’aujourd’hui je n’accepte plus la médiocrité. J’ai été impitoyable avec moi même (peut être pas assez) Je pense que j’ai beaucoup appris de moi même et sur ma manière de créer, à vrai dire, je considère la musique comme une partie de moi, on murît ensemble, elle est aussi vivante que moi. Je pense encore avoir progressé pendant la conception du projet même si je suis encore très loin du niveau que j’aimerais avoir. Je souhaite bâtir un réel univers autour de mes projets et j’ai eu beaucoup de mal à conceptualisé cet opus. Par ailleurs j’ai eu beaucoup de doute, au point de vouloir tout jeter à la poubelle. Il y a eu beaucoup de morceaux que je n’ai pas retenu. Mais malgré tout je crois, sans prétention, que cet album n’a pas à rougir par rapport à ce qui se fait, je propose autre chose en essayant d’être fidèle à moi même.

« Inconnu mais reconnu » est la suite logique de « Berserk« , il y a toujours une ambiance sombre qui règne, à la différence que c’est beaucoup plus maitrisé. « Inconnu mais reconnu » c’est des tranches de vie, des histoires vraies et des réflexions. « Inconnu mais reconnu » c’est ni l’ombre ni la lumière, ni le bien ni le mal, ni l’amour la haine, ce n’est pas la facilité c’est bien plus profond que ça je pense; c’est quelque chose qui prend à contre pied, c’est imprévisible et c’est beaucoup de poésie. Je considère ma musique et mes projets comme un grand puzzle, les histoires se mêlent les unes aux autres, il y a beaucoup de sens cachés. Je n’ai rien laissé au hasard.

Pour ce 4ème opus, j’ai fait appel à trois beatmaker : Nano qui a produit le morceau éponyme du projet qui qui officie dans un tout autre style que le hip hop, la new wave/ post rock. Il y a également Hanto un beatmaker de Nantes et enfin DJ Monark du label Rap and revenge.

  • La transition est parfaite. Depuis 2012 tu fais du beatmaking, quels sons as-tu produit pour celui-ci ?

Euphonik : Oui le beatmaking est devenu une vraie passion étroitement liée à l’écriture. Je pense avoir un bon niveau à l’heure d’aujourd’hui, je vais tout mettre en œuvre cette année pour sortir des beats de qualités !

J’ai produit 4 morceaux sur l’opus : « Une cigarette sous la pluie« , « L’enfant mort« , « Loin de vous » et « Sous les ponts de Paris« .

  • Passons à l’écriture. Dans le track #2, « Lettre d’or« , de ce disque tu dis que tu « restes sceptique depuis que les mômes sont illettrés …« . Que penses-tu de la réforme d’orthographe et penses-tu que les illettrés d’aujourd’hui seront les lettrés de demain ?

Euphonik : La réforme ne m’affecte pas plus que ça, c’est une réforme qui ne date pas d’hier. Je pense qu’il y a d’autre priorité. Ce qui me dérange ce sont les débats stériles autour de ça qui sont à mon sens une perte de temps et d’énergie.

Sincèrement je ne sais pas mais je l’espère ! Après le système scolaire (que je vomis) ne m’a pas donné goût à la lecture et à l’écriture, bien au contraire ils m’ont appris à la détester et je constate que je ne suis pas le seul dans ce cas là, que les trois quarts des mômes d’aujourd’hui sont dans le même cas. Je crois que l’éducation est la racine de nombreux problèmes en France, ils veulent résoudre chaque problème au cas par cas, branche par branche, mais ils ne font que créer d’autre problématique qui s’ajoutent les unes aux autres. Il faut résoudre le problème à la racine, mais ce n’est que mon humble avis.

Malgré tout je suis devenu mon propre élève et j’ai bien plus appris de manière autodidacte que via l’éducation traditionnelle. J’ai désormais un amour sans faille pour la littérature, pour les sciences, pour l’histoire ; comme quoi l’illettré d’hier est devenu le lettré d’aujourd’hui (même s’il m’arrive de faire des fautes d’orthographes nul n’est parfait).

  • Sauf peut-être Arthur Rimbaud a qui tu empruntes un vers qui clôture le track #4, dont le titre est justement tiré du poème “Une saison en Enfer” … Est-ce que tu estimes que le rap est une forme de poésie ? Même si tu y réponds dans les deux premiers morceaux du disque …

Euphonik : Oui très clairement, le rap est une forme de poésie ! Je dirais même que c’est LA poésie d’aujourd’hui. Je suis certain que dans 100 ans on parlera de nous, comme nous on parle de Rimbaud et de tant d’autres …

  • Parmi : “Une cigarette sous la pluie”, “Petite conne” et “Il y a ton sourire” laquelle serait la suite du personnage que tu injuries dans « Vice & trahison » (track que j’ai littéralement usé à force de l’écouter car, pour la petite histoire, il était sortit en même temps que mon ex de ma vie et je me suis tellement vu dans les paroles que j’ai faillit m’en servir pour ma lettre de désabusé …) ou alors est-ce toujours une nouvelle victime que tu cibles (et dans ce cas là, permet moi de te dire, tu serais le Pierre Richard de l’amour) ?

Euphonik : Ahah ! Bien vu ! Une cigarette sous la pluie est totalement lié à « Vice & trahison« , je pensais que personne ferait la référence. Pour résumé « Vice & trahison«  raconte l’histoire dans sa globalité. Ensuite il y a eu « Vice et trahison II«  (dans l’opus « Berserk« ) qui raconte ce qu’il advient de l’auteur une année plus tard. Et enfin Une cigarette sous la pluie que j’aurais pu appeler « Vice et trahison III« , néanmoins je voulais que ce soit un morceau à part entière. Le morceau parle de la rupture, donc l’histoire se situe juste un peu avant le premier volet. Si tu préfères c’est le début de l’histoire mais à la fin … ou le « Vice et trahison 0« .

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Euphonik : Ma vision est plus large et probablement moins politisé que je ne le laisse paraître même si je souligne un problème en particulier. Je crois que ce n’est ni la politique, ni le communautarisme, ni les religions, ni l’accumulation de statistiques qui vont résoudre nos problèmes. La véritable crise est dans nos conscience, dans la manière que nous avons de considérer le monde sous un angle étriqué et limité. Je pense que l’esprit humain s’est conditionné lui même avec le temps et l’évolution sur des millions d’années. Donc peut importe le problème finalement, un esprit conditionné et limité qui considère tels ou tels problèmes ne pourra rien y changer. Il faudrait commencer par changer radicalement notre manière de penser à commencer par ce conditionnement. Une fois de plus je pense qu’il faut prendre le problème à la racine plutôt que de s’attarder sur chacune des branches.

  • Ne serait-il pas plus intelligent pour eux de trouver une solution pour ceux qui s’endorment et meurent “Sous les ponts de Paris” (ou d’ailleurs …) ?

Euphonik : C’est en effet un autre problème qui me tient à cœur. Si on regarde bien nos rapports actuels les uns avec les autres, qu’ils soient intimes ou superficiels, profonds ou passagers, nous voyons qu’il y a toujours à un moment donner une division. Chacun vit sa propre ambition, ses buts personnels et égoïstes, enfermé dans son propre cocon. Tous ces éléments contribuent à la construction d’une image en soi ­même, tous nos rapports avec autrui passent à travers cette image et, par conséquent, il n’y a aucune relation réelle directe. Tant que nous n’aurons pas compris cette crise profondément et non selon les idées de quelques politiciens, philosophes, rappeurs etc … mais jusqu’au moment où véritablement nous comprendrons par nous­ mêmes, sans ça nous serons incapables de provoquer un tel changement. Sans ça des hommes, des femmes, des enfants continueront à mourir sur le pavé des villes. Je pense que c’est une révolution psychologique qui peut changer la donne. Il faut se libérer de se qu’on connaît, et de se qu’on croit connaître. C’est d’ailleurs un peu l’idée dans le titre Inconnu mais reconnu, il y a une part de tout ça.

  • Tu décris ce que tu vois dans “Les yeux de ton père”  et si tu devais deviner ce que lui voit dans les tiens. Cela donnerais quoi ?

Euphonik : Très bonne question !

Dans les yeux de mon fils, j’ai vu l’espoir d’un monde meilleur

Le vice en haut tailleur mais quelque rêves venu d’ailleurs,

Dans les yeux de mon fils j’ai vu un amour sans faille

Lui ai rendu de sa naissance, jusqu’à mes funérailles.

  • Innocemment, je pensais que dans ce vers tu parlais de ton fils a toi … “Loin de vous” est certainement le morceau le plus engagé de l’album. Dans quelle(s) cause(s) te sens-tu le plus proche ?

Euphonik : Oui très clairement pour le coup, j’avais des choses à dire. Je ne crois pas en la neutralité.

La cause dont je me sens le plus proche, je vais probablement jouer la carte de la facilité, mais je dirais simplement la cause humaine, chaque problèmes m’affecte forcément, même si je ne porte pas le malheur du monde sur mes épaules. La cause animal me concerne. Les sans abris qui crèvent dehors. Le réchauffement climatique, la planète, la nature, les guerres qui éclatent. Tous ces gens qui galèrent à arrondir leurs fin de mois. Je me laisse le choix de ne pas choisir même si je me sens réellement concerné par tout ce qui se passe autour de moi.. Je suis le monde et le monde est moi c’est ça l’idée. Mais on en reviens à ce que je disais, je pense que ça ne résoudra pas les problèmes de les traiter au cas par cas.

Euphonik : Je crois qu’on ne peut plus rien pour lui. Le pire dans tout ça c’est que, c’est à ce genre de personne qu’on donne la Légion d’honneur. Rien à ajouter ses idées sont à vomir.

  • Fabe a déjà tout dit dans « L’impertinent » … S’agit-il du même modèle qui pose pour tes (4) pochettes … ?

Euphonik : Dans l’idée oui, en réalité non. Mais j’ai toujours voulu garder une certaines cohérence d’un projet à l’autre dans le visuel, dans les couleurs ou dans la symbolique. C’est très important pour moi.

Euphonik : Oui même très rapidement ! j’ai mis beaucoup de cœur à l’ouvrage alors j’aimerais que l’opus se propage un maximum.

  • Superbe nouvelle !!! En as-tu d’autres a révéler ? Qu’as tu en prévision pour l’avenir ? (a part devenir le futur Mani Deiz de la production)

Euphonik : Je souhaite progresser encore et encore, peaufiner mon écriture et mon art. Il y aura certainement un 5ème album. Je compte aussi sortir un tas d’instrumentales, je compte bien surpasser Mani Deiz (rire) après 4 ans de beatmaking je pense pouvoir proposer du contenu de qualité ! j’ai aussi dans le coin de la tête le désir d’écrire un livre, mais ça c’est dans un futur très lointain …

  • Un rappeur de plus qui se mettra à l’écriture (MDR). Merci de t’être plié au jeu de l’entrevue avec moi et en espérant qu’elle a pu aider ceux qui reconnaissent ton talent a mieux te connaitre !!!

Euphonik : Merci à vous ! Avec grand plaisir longue vie à Street lyriciste big up !

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